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Cybridations
Texte écrit pour mon exposition personnelle du même nom, au Pavillon du Conservatoire de Pantin.
Du samedi 17 mars au samedi 7 avril
Sur une invitation de Samuel Aligand
2018

Une machine qui peut aussi bien être un outil, un objet, qu'un sujet ou un acteur : ce statut ambivalent amène plusieurs problématiques tant pratiques que théoriques à son propos. Envisager un outil, comme une altérité plutôt que comme un objet (dont la valeur se résumerait à sa fonction pratique) pousse à considérer l'"interprétation" qu'elle va opérer lors de l'exécution de ses instructions.

Les Cristallisques sont des céramiques imprimées à l'aide de la machine présente dans la pièce, qui se voient couvertes de cristaux de sulfate de cuivre et d'alun de potassium ayant poussé à même la surface des sculptures. Les pièces témoignent de variation dans leur aspects, stigmates des hésitations de l'artiste et des erreurs de la machine. Chacune de ces pièces est issue de la même forme numérique, mais ces instances ont toutes un profil unique, résultant d'une collaboration fragile entre l'artiste et son outil-machine.

Comment va s'exprimer, matériellement ou formellement, cette interdépendance palpable? Un travail à deux "mains" qui se met en place pendant un processus de création, où l'artiste va déterminer la machine qu'il utilise en la construisant, tandis que cette dernière va amener l'artiste à prendre en compte toute sa technicité, à se plier à sa manière de faire, l'obligeant à intégrer et prendre en compte les erreurs qu'elle va commettre - d'autant plus que ces dernières découlent toutes d'un travail de construction réalisé en amont. L'apparent asservissement de la machine à son créateur est en fait à double sens et ce dernier est tout aussi programmé à utiliser cette dernière qu'elle est programmée par son utilisateur.

Ce statut équivoque tisse une relation symbiotique qui pousse à s'interroger sur le statut ontologique de la machine qui, tantôt autonome, tantôt sollicitudinaire, créé un nouveau rapport et témoigne d'un type de relation dont on ne prend conscience que depuis peu et qu'on sait encore mal définir. Le mot cybridations, emprunté à Dan Simmons et qui désigne à l'origine soit un protoplasme hybride, qui n'hérite du bagage génétique que d'un de ses parents ou dans l'œuvre de l'auteur, un esprit artificiel téléchargé dans un corps humain, amène une notion d'emprunt, d'ambivalence : de par sa double origine, on ne peut déterminer de qui provient le noyau génétique porteur de l'identité du cybride. Est-il plus humain ou plus intelligence artificielle? As-t-on besoin de clarifier cette question? L'imprimante est ici à la fois sujet et objet, outil et acteur d'un champ d'expérimentation entre terrain de jeu naïf, fiction ou projection narrative et laboratoire artistique.

Les formes alors produites témoignent de ces allers-et-retours et de ces créations collaboratives où la mécanicité et les contraintes techniques des matériaux employés génèrent une esthétique cybride, où les formes présentées sont issues des réussites et des échecs communs et résultent d'une collaboration, tantôt alternée, tantôt commune.

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http://www.ville-pantin.fr/samedis-pavillon-desaubliaux.html